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Full text of "FIFAO 06.4 Guéraud, Octave - Rapport sur les fouilles de Tell Edfou (1928) (1929)"

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MINISTÈRE DE L’INSTRUCTION PURLIQUE ET DES REAUX-ARTS 


FOUILLES 


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DE 

L’INSTITUT FRANÇAIS D’ARCHÉOLOGIE ORIENTALE 

DU CAIRE 
(ANNÉE 1928) 

SOUS LA DIRECTION DE M. PIERRE JOUGUET 



RAPPORTS PRÉLIMINAIRES 

TOME SIXIÈME 

QUATRIÈME PARTIE 


TELL EDFOU 

PAR 

-M. OCTAVE GÏÏÉRAUD 



7391 

3 


LE CAIRE 

IMPRIMERIE DE L’INSTITUT FRANÇAIS 

D’ARCHÉOLOGIE ORIENTALE 


1929 

Tous droits de reproduction réservés 


B U. DE BORDEAUX 



7391 

3 


1 


QUATRIÈME PARTIE 



RAPPORT 


SUR 

LES FOUILLES DE TELL EDFOU 

'( 1928 ) 

PAR 

M. OCTAVE .GUÉRAUD 



LE CAIRE 

IMPRIMERIE DE L’INSTITUT FRANÇAIS 
D’ARCHÉOLOGIE ORIENTALE 


1929 

Tous droits de reproduction réservés 


RAPPORT 


SUR 

LES FOUILLES DE TELL EDFOU 

( 1928 ) 

PAR 

M. OCTAVE GUÉRAUD. 


I 

Les fouilles de Tell Edfou, interrompues depuis 1926, ont été reprises par l’Ins- 
titut français au début de 1928. Commencés tard et menés avec des moyens res- 
treints, les travaux de cette année avaient surtout pour but de reprendre possession 
du chantier, d’examiner en quel état il se trouvait après trois ans d’inactivité, et d’en 
préparer l’aménagement pour une campagne ultérieure. 

1° ASPECT GÉNÉRAL DU KÔM. 

Le Kôm n’avait pas dû se modifier beaucoup depuis 1 92Û. Les ghafirs, chargés de sa 
surveillance par le Service des Antiquités, assurent que rien n’y avait été touché et l’as- 
pect des lieux concordait encore assez bien avec les plans donnés par M. Henne (1 l Les 
sabbakhin ont toutefois poursuivi leur travail : au sud du Kôm, ils ont continué à ron- 
ger les bords du cr cirque u et au nord ils ont élargi, vers l’ouest, la cr plaine Barsantin. 
L’ensemble du Kôm, dans son état actuel, est ainsi constitué : le centre forme une 
masse importante, un noyau intact auquel les sabbakhin n’ont pas touché, entamé 
seulement au sommet par les fouilles françaises. De cette masse part, au nord-ouest, 
un long et mince éperon, seul reste du Kôm en cette partie; au sud, deux autres 
éperons encadrent le « cirque ■», mais l’éperon sud-est s’élargit à son extrémité et se 
raccorde vers l’est au monticule où se trouve encore une partie du village moderne. 

L’activité des sabbakhin impose au travail des fouilleurs certaines conditions fâ- 
cheuses, dont il faut tenir compte pour comprendre l’aspect d’un chantier comme 
celui d’Edfou. La règle, pour les fouilleurs, est de travailler du haut vers le bas, de 

Cf. les rapports sur les fouilles déjà effectuées à Edfou, dans les Rapports préliminaires sur les fouilles 
de l 1 Institut français d' Archéologie orientale, t. I, 2 e partie, et t. II, 3* partie. 

Fouilles de V Institut, t, VI, h . 


1 


2 


0. GUÉRAUD. 


déblayer méthodiquement les diverses couches historiques. Les sabbakhîn, eux, at- 
taquent le Kôm par la base, provoquent d’énormes éhoulements et emportent la 
terre dans leurs cultures. Aussi la concession de l’Institut français est-elle entourée, 
rongée, déchirée par des zones d’effondrement. Ces zones, bien entendu, ont rare- 
ment des parois abruptes et verticales. La terre y forme une pente assez raide, d’où 
émergent, en gradins, des pans de murs restés debout, enchevêtrés ou superposés 
les uns aux autres. La figure 3, planche I, donne une idée de cet aspect, mais elle est 
loin de représenter toute la hauteur du Kôm et toute la superposition des construc- 
tions successives. 

Or parmi les ruines émergeant des parties éboulées, il arrive que certaines pré- 
sentent un intérêt, d’autant plus grand qu’elles sont à un niveau plus bas, c’est-à-dire 
plus ancien. Et comme elles risqueraient d’avoir disparu avant que la fouille régulière 
ail atteint ce niveau, les fouilleurs sont amenés à étendre leur chantier dans cette 
direction et à fouiller en profondeur plus qu’ils ne le voudraient. C’est là une pra- 
tique nécessaire, imposée par les circonstances, mais en elle-même fâcheuse. Outre 
qu’il devient ainsi plus difficile de se reconnaître dans la succession et l’âge des ni- 
veaux historiques, ces déblaiements en profondeur, enlevant la terre et laissant sub- 
sister des murs superposés en quatre ou cinq étages, créent, dans le chantier, des 
endroits à-pic où le travail devient dangereux, aussi bien à la base qu’à la partie su- 
périeure. Des murs de brique crue, reposant sur de la poussière, n’ont pas grande 
solidité et une légère poussée peut en faire écrouler des pans entiers, avec tous les 
étages de constructions qu’ils supportent. 

2° CHOIX, DÉLIMITATION ET ASPECT DU CHANTIER PRINCIPAL. 

Arrivé à Edfou le 1 er février 1998, je décidai, après avoir étudié le Kôm, de com- 
mencer les fouilles dans une partie du III e secteur, située au nord et au nord-ouest 
de la salle à colonnes h). Je prenais comme limites des travaux : i° le gros mur a qui 
borde la trrue des Tombes» et le mur plus mince qui lui fait suite vers l’ouest, jus- 
qu’à l’espace effondré indiqué sur le plan; 9 0 le mur |3, perpendiculaire au mur a. 
Partout ailleurs (nord-est et sud) l’emplacement choisi était limité par des effondre- 
ments. C’était une sorte de bastion, d’accès fort raide, de surface restreinte, ne pré- 
sentant que de la terre et de très misérables restes de constructions. II formait la partie 
la plus haute du III e secteur, et il n’était pas possible de fouiller ailleurs sans s’expo- 
ser à provoquer un écroulement de ce côté. Mon but était donc de le déblayer et de 
rattraper, si possible, le niveau de la salle à colonnes, en limitant mon travail aux 
gros murs indiqués, assez solides pour rester en place même quand le niveau de 
leurs fondations serait légèrement dépassé. 

(1) Voir, planche VII, le plan de cette partie du secteur, que j’emprunte au plan donné par M. Henne 
(Rapports préliminaires, t. II, pi. XXXII). 


3 


FOUILLES DE TELL EDFOU (1928). 

L’aspect du chantier, à l’ouverture des travaux, était le suivant. Sur sa face nord, 
le mur a était entièrement dégagé, ainsi qu’un autre mur plus ancien, sur lequel il 
avait été établi. Les diverses pièces h' et g*, fouillées les années précédentes, for- 
maient autant de compartiments en contre-bas. La face sud du mur a n’était qu’en 
partie déblayée, et peu profondément. Le sol affleurait, par endroits, à son niveau 
supérieur. Le cas était analogue pour le mur (3, dégagé sur sa face ouest, mais recou- 
vert et dominé à l’est par du terrain et des morceaux de murs encore en place, les 
restes des chambres F / , surplombant à l’est un escarpement. De ces chambres ne sub- 
sistaient plus que des débris de murs insignifiants. Seule la maison F' 1 , rasée au ni- 
veau du rez-de-chaussée et encore en partie recouverte de terre, conservait sa cave 
intacte, avec la voûte, le manchon d’aération et l’ouverture carrée où débouchait l’es- 
calier. De cette maison F' 1 , on dominait la salle à colonnes. A l’ouest de la maison 
F' 1 passait, perpendiculaire à la rue des Tombes, une ruelle presque aussitôt coupée 
au sud par l’éboulement du terrain. En bordure de cette ruelle et faisant face à F' 1 , 
des restes de murs étaient encore debout, représentant le rez-de-chaussée d’une mai- 
son accompagnée- peut-être d’une cour (espace GH du plan). Au sud-ouest de ces 
restes, le terrain était effondré à pic. 

Enfin, à l’ouest, la rue des Tombes était interrompue par un espace effondré. 


II. — LES FOUILLES. 

1° A L’EST DU MUR |3. 

Les travaux ont commencé le 3 février, avec un personnel de dix hommes et 
trente enfanls. Ces chiffres furent doublés au bout d’une semaine, lorsque les pre- 
miers déblaiements permirent de travailler sur un terrain plus large et avec des 
moyens d’accès suffisants pour l’évacuation des déblais. Ces déblais étaient emportés 
vers le nord et versés dans la partie réservée aux sabbakhîn. Plus tard une seconde 
décharge fut organisée vers le sud, dans le cirque. 

A l’est du mur (3, la démolition des restes de chambres voûtées n’apporta rien 
d’intéressant. Dans le caveau F' 5 furent trouvés des cadavres en misérable état, pêle- 
mêle, coagulés avec la terre et les linceuls. Ceux-ci étaient de toile grossière, sans 
aucun ornement. Les morts ne portaient ni bijoux ni parures. 

En continuant à descendre, nous constatâmes que le mur (3 était longé par une 
rue perpendiculaire à la rue des Tombes, et qui, sans doute, rejoignait au nord la 
ruelle des Tombes. Des diverses constructions qui avaient bordé à l’est cette rue, nous 
ne retrouvâmes que des fragments de murs dont la hauteur ne dépassait générale- 
ment pas 0 m. ôo ou o m. 5o. Sans doute ces maisons avaient-elles été successive- 
ment rasées au niveau du sol , la partie conservée représentant les fondations et la 


Il 


0. GUÉRAUD. 

hauteur du mur enterree par 1 exhaussement de la rue. Quelques restes de murs avaient 
gardé une plus grande hauteur, comme si, après la démolition dune maison, ils 
avaient été remployés pour en rebâtir une autre sur le même emplacement. 

Tous ces restes étaient trop insignifiants pour permettre de retracer le plan des 
constructions. C’est seulement pour mémoire que je donne le croquis où j’ai relevé 
les principaux (fig. 1 ) : il ne faudrait pas croire que ces murs fussent certainement 


( Nord. 


Rue des Tombes 


Rue 

(rejoignant jj Ruelle des 
Tombes) 



Espace cffond i'f 


Fig. i. — Fouilles à l’est du mur 


unis entre eux tels, qu’ils sont figurés, car, avec ces démolitions et ces remplois per- 
pétuels, on n’est jamais sûr que des restes de deux murs trouvés au même niveau 
aient fait partie d’un même ensemble, ni que des restes de murs à des niveaux légè- 
rement différents n’aient pas appartenu à la même maison. 

Tous ces murs sont de construction analogue : je veux dire également mal bâtis, 
en briques crues de petites dimensions et assemblées sans règle fixe. 

Seule la chambre X, anciennement voûtée, était assez bien conservée. Elle pré- 
sentait, dans l’un de ses angles, une sorte de banquette limitée par des briques crues 
et remplie de terre tassée, très compacte, destinée sans doute à supporter des réci- 
pients ou des provisions. 

Dans toute cette partie du chantier, les trouvailles furent des plus maigres : quel- 
ques infimes débris de papyrus portant des caractères grecs ou coptes, une planchette 
demi-brûlée portant les lettres XOC; dans la chambre X, un ostrakon copte, un 


5 


FOUILLES DE TELL EDFOU (1928). 

morceau d’amphore à vin portant à l’encre quelques mots coptes, une petite assiette 
en terre rouge et quelques bribes de papyrus. Sur le plus grand morceau j’ai lu : 

]o< 7<x[ 

]tovtot> 0U£ Ï}(x[ 

\pamovs r ois p.[ 

ce qui semble bien avoir appartenu à un texte grec. 

Nous devions être arrivés là à la fin de la couche d’époque romaine. En continuant 
à descendre et en approchant du niveau de la salle à colonnes, — qui, de ce côté, 
a été presque atteint — nous trouvâmes dans celte partie un nombre croissant d’os- 
traka démotiques, quelques monnaies ptolémaïques, divers petits objets en faïence 
(Bès, Isis assise), et un modèle de chapiteau ptolémaïque. Les restes de constructions 
se sont révélés toujours aussi insignifiants. Cependant, à mesure que la fouille ga- 
gnait en profondeur, les briques étaient plus grosses , plus régulières et disposées avec 
plus de soin. La rue longeant le mur jS a dû exister de bonne heure, bien avant le 
mur (2 qui est d’époque copte ou arabe. Elle semble avoir été primitivement plus 
large qu’elle ne le fut dans les derniers temps, les maisons ayant peu à peu empiété 
sur la rue. 


2° AU SUD DU MUR a. 

Les fouilles au sud du mur a sont suffisamment illustrées par la série de photo- 
graphies (planches II et III) prises les unes tle l’est vers l’ouest, les autres dans la 
direction inverse. La rue des Tombes, elle aussi, a existé de bonne heure, car sur 
une profondeur d’environ 2 m. 5o, le long du mur a et plus bas même que ce mur, 
la pioche des ouvriers ne rencontra qu’une terre extrêmement compacte, sans autres 
restes que des fragments de paille, des bribes de papyrus et de menus tessons de 
vases. 

La cave f'\ en bordure de la rue, fut dégagée entièrement, puis détruite par nous. 
Sur son mur nord, rasé au niveau du rez de chaussée, un mort était étendu, la tête 
vers l’ouest. Son squelette avait été complètement écrasé par le poids des déblais 
postérieurs : il ne semblait pas qu’aucun monument autre que des déblais l'eût jamais 
recouvert. Il portait un linceul sans ornement et n’avait pas de bijoux. 

La cave f 1 était bien conservée. On y pénétrait par un escalier ménagé dans 
l’angle sud-ouest. Gomme dans la plupart des caves de cette époque, cet escalier 
partait du mur et descendait vers le milieu d’un des côtés de la cave : disposi- 
tion commode pour la construction, mais malaisée pour la descente. L’entrée de 
l’escalier est carrée et très étroite, entourée d’un petit mur destiné à rattraper le 
niveau du sol du rez-de-chaussée. Une trappe devait fermer le trou. Comme l’escalier 
descend perpendiculairement à la longueur de la voûte, la courbure de cette voûte, 
en face de l’entrée, se rapproche de l’horizontale, pour empêcher qu’on ne se 


6 


0. GUÉRAUD. 



Fig. a. — La gave/' 1 . 


heurte la tête, et pour éviter aussi de laisser pendre dans le vide un morceau de 
voûte aigu, qui aurait été fragile. La rencontre des deux courbures se fait par un 

plan vertical (fig. 2). 

La première marche de l’es- 
calier est très haute : il devait 
falloir, pour l’atteindre, se bais- 
ser et se laisser glisser dans le 
trou. Ce caractère est commun 
à un grand nombre de descentes 
de caves : un escalier en pente 
douce aurait nécessité une plus 
grande ouverture dans la voûte; 
d’où une moins grande solidité 
pour celle-ci, et plus de place 
perdue au rez-de-chaussée. 

L’intervalle entre l’extrados de la voûte et le sol du rez-de-chaussée devait être rem- 
pli par des remblais. Mais le long des murs est et ouest, à la rencontre de ces murs 
et de la voûte, le vide a été comblé par un peu de maçonnerie, qui forme, vu de 
dessus, comme un petit mur rasé. C’est encore un caractère commun à beaucoup de 
constructions de cette époque. Cette maçonnerie adhère aux murs latéraux et fait 
pour ainsi dire corps avec eux ; elle y est parfois restée accrochée après l’écroulement 
de la voûte. Elle était peut-être destinée à rendre moins lourde la pression qui pèse 
sur la voûte en cet endroit où l’épaisseur des remblais est la plus grande. 

La voûte était percée du trou d’aération habituel, dans lequel était ajusté un man- 
chon d’argile qui dépassait hors de la voûte et devait traverser la couche de remblais 
et l’épaisseur du sol du rez-de-chaussée. En revanche ce manchon ne pénétrait que 
très peu dans l’épaisseur même de la voûte. 

En dehors de cette cave/' 1 , les autres constructions du même niveau, au sud de la 
rue des Tombes, étaient en trop mauvais état pour fournir aucun renseignement 
important. Elles avaient eu, elles aussi, des caves voûtées, mais tout à fait démolies. 

A un niveau plus bas, des restes d’autres constructions ont donné quelques pièces 
de vaisselle, surtout de petites coupes en terre, à lèvres légèrement rentrantes, et 
un Tbôt-ibis en faïence bleue. Mêlés aux déblais se trouvaient d’assez nombreux blocs 
de pierre, parfois bruts, souvent équarris avec soin. Mais aucun n’était engagé dans 
de la maçonnerie et je ne saurais dire s’ils se trouvaient in silu ou s’ils étaient des- 
cendus là au cours des effondrements de voûtes et des tassements de terrain qui ont 
dû se produire à mesure que le Kôm s’élevait. 

En approchant du niveau de la salle à colonnes, nous avons atteint une couche 
dans laquelle la topographie des lieux était toute différente de ce qu’elle fut plus 
tard, aux niveaux supérieurs (voir planche VIII). La rue des Tombes n’existait pas, 


7 


FOUILLES DE TELL EDFOU (1928). 

et tout cet espace était occupé par une quantité de petites cellules, dont une partie 
au moins étaient voûtées, et qui forment un ensemble jusqu’à présent difficile à in- 
terpréter. En outre, de nombreuses pierres ont été trouvées en place. La plupart 
semblent avoir appartenu à des dallages, mais toutes ne sont pas exactement au 
même niveau. Ce sont des blocs de grès friable, médiocrement taillés. 

Le plus remarquable de ces ensembles de blocs restes en place est un seuil de 
porte. De chacun des deux montants, il reste l’assise inférieure, formée de blocs de 
grès dur, très soigneusement taillés et liés au plâtre. Il ne semble pas qu on ait affaire 
à des matériaux pris ailleurs, puis transportés et utilisés à cet endroit : la perfection 
du travail exclut l’idée d’un remploi. L’un des blocs du montant nord, sans doute 
endommagé par accident, est réparé habilement à l’aide d’un morceau pris à une 
pierre différente et collé au plâtre, selon le procédé dont le grand temple d’Edfou 
offre tant d’exemples. Entre les montants, le sol est dallé d’un bloc de grès, complété 
autrefois, semble-t-il, par du béton. Les montants présentent à leurs extrémités une 
saillie, de façon à former l’étranglement caractéristique des portes. Il faut noter que 
les saillies du montant nord sont plus prononcées que celles du montant sud : o m. 1 5 
au lieu de 0 m. 10. 

Dans l’état actuel, la porte semble ouvrir, à l’ouest, sur une petite salle de 3 m. 60 
sur 3 mètres. Mais cet état correspond-il à la disposition primitive? Il faut dire que 
les murs de cette salle sont conservés sur une très faible hauteur. Il n’est pas même 
certain que le mur ouest ait été construit en même temps que les autres. II n’est pas 
possible de dire non plus si cette salle possédait une autre porte que celle dont il 
reste le seuil. 

De l’autre côté du mur ouest de cette salle, dans un espace (salle?) à peu près en- 
tièrement effondré maintenant, nous avons trouvé, fêlée mais en place, une cuve en 
terre cuite , de forme cylindrique , légèrement renflée , 
au fond plat. Son diamètre est de o m. 78, sa profon- 
deur de 0 m. 70. Par une brèche ouverte au sommet, 
à la partie sud-ouest, arrivait une canalisation dont il 
restait deux éléments : tuyaux en terre cuite, longs de Fig 3 _ Tdï4d DE TEBBE CUITE. 

0 m. h 2 , renflés au centre et amincis aux extrémités 

dont l’une s’emboîte dans le tuyau suivant, tandis que l’autre reçoit le bout du pré- 
cédent (fig. 3 ). Cet assemblage n’était complété par aucun ciment. La disposition des 

tuyaux montre que l’eau arrivait vers la cuve. 

A quel usage répondait cette installation? 11 n’est pas rare de trouver, dans des 
maisons du Kôm, les restes de grandes bassines en terre cuite, en partie engagées 
dans le sol ou même dans un mur, et l’on peut supposer quelles servaient à emma- 
gasiner une provision d’eau. Mais ici nous avons une canalisation. Il ne pouvait, être 
question d’amener par des tuyaux l’eau sur le Kôm , -qui est plus élevé que toute la 
région voisine; et il n’a jamais pu y avoir de source dans cet amas de poussière. L eau 



8 


0. GUÉRAUD. 


provenait-elle J un réservoir qui, une fois rempli, permettait d’alimenter à volonté 
notre cuve et peut-être d’autres semblables? Ou bien la cuve devait-elle recevoir l’é- 
cou ement des eaux de pluie? Dans un pays où la pluie est un événement rare, une 
telle precautron prouverait 1 existence d’un édifice plus important que des maisons 
habitation, probablement un édifice religieux. La présence du seuil de porte, et des 
nombreux blocs de pierre restés en place, est en faveur de cette supposition. Les 
petites cellules voisines auraient été des greniers. Dans l’une d’elles, nous avons trouvé 

Ir r rC ’ “ ? ncécs W’*" «>' ^ns le sol très dur, et bouchées chacune 

pai un caillou. L une et I autre ne contenaient qu’un peu de poussière. 

Enfin cet ensemble de constructions était-il en relation avec la salle à colonnes 

dont le niveau est à vrai dire, n„-pe„ inférieur? L'état actuel des ruines ne permei 

pas d en décider Peut-être la topographie de ce niveau deviendra-t-elle plus claire 

isqu on aura déblaye plus an nord; car, dans cette couche, la limite marquée plus 

trop a P »a„ é m " r “ ^ C ° rreS P 0nd P ,us à La saison étant 

trop avancée pour entreprendre ce déblaiement, j’ai arrêté les travaux le . s mars 

en laissant en place tous les restes de murs du niveau atteint. 


III. CHANTIER SECONDAIRE : DÉBLAIEMENT D’UNE MAISON. 

Tandis que se poursuivaient les travaux dont je viens de rendre compte, mettant 
au JOUI des ruines de constructions rasées et presque détruites de fond en comble, j’ai 
ai egager, au nord du même III* secteur, l’ensemble de chambres désignées par H" 
sur le plan reproduit à la planche VII; et là j’ai eu la chance de trouver la Lson 
a mieux conservée que 1 on ait encore déblayée dans le Kôm. Le plan donné planche 
bipartie supérieure, représente ce que j’appellerai le rex-de-chanssée de la maison. 
A mon arrivée, seules les pièces . et n avaient été complètement fouillées. Au cours 
d une visite dans cette partie du secteur, je m’introduisis par un trou ouvert à l’angle 

voûtaT a fl ’l 'i me tr0UV " S " r eSCali<il ' dans un couloir 

font t T” a " 5 01 ‘ P °“ r ab0 " tir à " nC Caïe d0nl ,a TOÛt « *•>» rompue : 

tout cela d une construction propre et soignée, peu ordinaire sur le Kôm d’Edfou. Je 

décida, donc d achever le déblaiement de cette maison, car, située à la limite de la 

;»rir:«;i bord don escarpemen ‘’ e,,e pou ™* étre o U ***. 

La chambre 3 était la pièce centrale; sur elle s’ouvraient les chambres ,. » et i 
Elle se prolonge en une sorte de couloir d’où l’on pénétrait dans la chambre 5 par 
une porte ensuite condamnée O. Au fond de ce couloir, une porte basse, en arceau 
onne sm le réduit 6 étroit et allongé, pavé de briques cuites jointes au ciment,’ 

tel A ”’ d “ Je POr,e ' a, ° M 1, ' 0U '" S k C * d * ,re d '“” Mtat. enveloppé d'un ||„. 


9 


FOUILLES DE TELL EDFOU (1928). 

anciennement voûté et de hauteur égale à celle des autres pièces. Enfin sur le même 
couloir débouche le bas d’un escalier qui monte d’abord nord-sud, puis tourne à 
angle droit et se poursuit est-ouest pour parvenir au niveau de la place des Tombes. 
Cet escalier a sa partie est-ouest construite au-dessus d’un second réduit voûté, beau- 
coup plus bas que l’autre, et ouvrant sur la chambre 3 par une porte basse en ar- 
ceau. A côté de cette porte et en partie logé dans le mur était bâti un petit bassin 
en briques cuites liées au ciment, creux de 5 centimètres environ, et enduit de ci- 
ment. A en juger par la présence de briques cuites et de ciment, cette construction 
devait être destinée à l’utilisation d’un liquide. D’après les ouvriers arabes, on y pla- 
çait les zirs pleins d’eau, soutenus par des supports en planches ou en argile. Le petit 
bassin serait destiné à retenir l’eau qui suinte à travers la terre poreuse du zir. Des 
dispositifs de ce genre seraient encore employés aujourd’hui dans certaines maisons. 
La faible profondeur du bassin ne permet pas de recueillir utilement l’eau filtrée, 
mais le but recherché n’est pas d’avoir de l’eau plus propre. L’eau véritablement 
bonne à boire, c’est l’eau naturelle, complète, telle qu’on la tire du Nil, avec sa 
boue et ses ordures. Quant à celle qui filtre à travers les parois du récipient, elle a 
l’avantage de rafraîchir le reste par évaporation , mais il faut l’empêcher de détrem- 
per le sol de la pièce : à cela serviraient les petits bassins, d’où l’eau s’évapore d’au- 
tant plus vite qu’ils sont plus larges et moins profonds. Je donne sous réserves cette 
explication, qui n’est pas invraisemblable b). 

La pièce 3 , étant donné sa situation , la présence de ce bassin , la proximité des 
deux réduits voûtés, et les trois vastes niches creusées dans ses mure, devait être con- 
sacrée à la cuisine et aux travaux généraux de la maison. A côté du petit bassin, près 
de l’entrée du réduit ménagé sous l’escalier, nous avons trouvé six amphores à vin , 
en forme de carottes, intactes et vides. Les autres pièces, indépendantes, servaient 
sans doute pour l’habitation des membres de la famille. Les chambres î et h ont, à 
un certain moment, communiqué par une porte qui fut ensuite condamnée. Les 
pièces î et 2 sont symétriques et de même largeur, mais alors que le mur ouest de 
la pièce 2 prolonge au rez-de-chaussée le mur de la cave qui est au-dessous, celui de 
la pièce î est bâti un peu plus à l’ouest. Cette anomalie s’explique par le désir de faire 
ouvrir la chambre î sur la pièce 3, et de la rendre indépendante de la pièce 2 . 

L’ensemble de ces pièces forme une habitation assez vaste (7 m. 70 X 11 ni. 
5o entre les murs) et assez commodément agencée. Mais une question reste pour 
moi insoluble : comment y pénétrait-on? Notre « rez-dc-chaussée r> n’a pas de porte 
ouvrant sur le dehors. J’ai trouvé tous les murs extérieurs assez bien conservés pour 
être sûr qu’ils ne présentaient pas d’ouverture. Le mur nord de la pièce 5 , tant qu’il 
n’était qu’en partie dégagé, était interrompu par une brèche où l’on pouvait voir une 

(1) 11 s’agit probablement d’une construction destinée au même objet que celle qui se trouve un peu â 
l’ouest de notre maison, et à un niveau supérieur. Voir, au sujet de celle-ci, M. Benne, Rapport. s prélimi- 
naires, t. II, p. 11 , n. 1 et pi. XII, fig. i. J’en donne moi-même une photographie, pl. IV, fig. 4. 

Fouilles de V Institut , t. VI, 4. a 


10 


0. GUÉRAUD. 


entrée (cf. planche Vil). Mais la suite du déblaiement a montré que cette brèche 
était accidentelle et s’arrêtait bien au-dessus du niveau des chambres. — Pas plus que 
des portes, je n’ai trouvé trace de fenêtres, ce qui est moins étonnant. 

Quant à l’escalier, où conduisait-il? On pense d’abord à un étage : nous aurions 
ici la première maison à étage que l’on ait retrouvée à Edfou. Mais alors les pièces 
du rez-de-chaussée auraient été complètement obscures. Peut-être l’escalier menait- 
il simplement à une terrasse aménagée au-dessus d’une partie de la maison, le reste 
ayant comme toit le mélange ordinaire de branches, de feuilles de palmier et de 
paille, qui laisse filtrer le peu d’air et de lumière nécessaire aux habitants. 

Une autre hypothèse est cependant possible. La pièce 3 commande toutes les 
autres pièces : l’entrée de la maison devrait donc conduire directement à cette pièce 
3 , plutôt qu’à toute autre. Or cette entrée ne serait-elle pas précisément notre esca- 
lier qui, dans l’état actuel des lieux, aboutit à l’angle de la maison et au niveau de la 
place des Tombes? L’idée d’une maison construite en contre-bas du sol, et comme 
enterrée, nous choque évidemment. Mais quand on voit ce dont furent capables sou- 
vent les architectes d’Edfou, rien ne paraît invraisemblable. D’ailleurs le sol du Kôm 
a dû toujours être inégal, plus élevé en certains endroits, et une maison pouvait être 
en contre-bas sur un de ses côtés mais dégagée sur les autres, comme cela se voit 
dans les villages de montagne. Il faut songer aussi au désir d’employer le plus possible 
les restes de constructions antérieures (ici les deux caves dont nous parlerons plus 
loin) ce qui impose certaines conditions et peut obliger à construire en contre-bas. 
Enfin nous ne savons pas si la maison a toujours été disposée comme nous l’avons 
trouvée; si, à mesure que le sol environnant s’exhaussait, on ne l’a pas modifiée pour 
continuer à l’utiliser. Je n’ai pas reconnu de modification semblable. Mais un rema- 
niement important, affectant par exemple tout un pan de mur, peut ne pas se recon- 
naître au bout de plusieurs siècles. Il se peut donc qu’à un certain moment, sinon 
lors de la construction, la face sud de la maison se soit trouvée enterrée sur une par- 
tie de sa hauteur, l’entrée se faisant alors en descendant l’escalier. 

Pourquoi a-t-on muré la porte de la chambre 5 , ainsi privée d’issue ? Peut-être 
elle aussi reçut-elle, avec le temps, une affectation qui rendait suffisant ou préférable 
l’accès par le haut (échelle ou autre moyen). II n’est ni possible ni intéressant de re- 
tracer toutes les vicissitudes subies par ces habitations rudimentaires, à mesure de 
leur décrépitude progressive et suivant les besoins ou les caprices de leurs occupants 
successifs. 

Notons encore un détail de construction constaté à plusieurs endroits dans notre 
rez-de-chaussée. C’est la présence, dans un mur en brique crue, de quelques briques 
cuites, disposées de façons variables, mais laissant toujours entre elles un espace qui 
est rempli par un mortier à base de terre, excepté un ou deux trous carrés, mainte- 
nant vides. Je suppose que dans ces trous devaient être enfoncés des morceaux de 
bois servant à suspendre des ustensiles ou, quand il y a plusieurs trous, à supporter 


11 


FOUILLES DE TELL EDFOU (1928). 

une planche-étagère. On comprend que des briques cuites soient nécessaires pour ré- 
sister au poids des objets : la brique crue se serait effritée. On s’explique aussi qu un 
simple mortier de terre suffise pour boucher la partie centrale, où aucune pression 
ne s’exerce. Enfin lorsque des briques cuites sont ainsi insérées dans es murs, cest 
toujours à portée commode de la main, ce qui ajoute de la vraisemblance à 1 expli- 
cation proposée (fig. û). 





Fig. Ix , Briques cuites encastrées dans un mur en brique crue. 


Ôn trouve aussi en grande abondance dans le Kôm d'Edfou (et dans beaucoup 
d’autres) des sortes de tambours ou de fromages en argile cuite, très compacte et 
très dure, mesurant environ o m. 3o à o m. 

35 de diamètre et o m. 1 5 à o m. ao de hau- 
teur. Au dire des ouvriers, leur destination 
était de surélever les marmites sous lesquelles 
on allumait le feu pour la cuisson des aliments. 

De fait, beaucoup de ces cylindres sont noircis 
de fumée. Mais d’autre part j’ai trouvé deux 
de ces tambours d’argile posés sur des seuils 
de porte : la porte qui mène de la chambre î 

à la chambre 3, et la porte condamnée entre v 

les chambres i et h (fig. 5 ). Je me demande donc s’ils ne servaient pas a suppoi ter e 
gond inférieur de la porte. Parfois l’une des faces est creusée, comme s, elle avait ete 
usée par le frottement du gond. D'autres fois, il est vrai, les deux faces sont sens- 
blement plates, et c’était le cas dans lune des deux portes dont je parle. 1 est pos- 
sible que ces tambours, destinés en somme à remplacer des pierres, aien ete em- 
ployés tantôt pour faire la cuisine, tantôt pour supporter le gom une por e, 

uour d’autres usages encore. . 

? J'ai déjà fait allusion aux caves ménagées sous les pièces i et s. Les autres piec s 

n’en postaient pas. Sous la pièce 3, à . m. 5o environ nous avons, . 1 est vrai, 
atteint et percé la voûte d’une petite chambre , bien conservée mais sans comm 
tion avec la pièce 3 : reste de quelque habitation antérieure à celle qu, nous occupe. 





Fig. 5. Tambour d’argile sur un seuil de porte. 


12 


0. GUÉRAUD. 


On pénètre sous la chambre 2 par une ouverture pratiquée à l’angle sud-ouest et 
primitivement encadrée par des poutres : on voit encore, dans les murs, les encoches 
où celles-ci étaient encastrées à leurs extrémités. A 1 m. 20 environ plus bas que le 
rez-de-chaussée, on rencontre le sommet d’un escalier de terre, maintenant réduit à 
un simple plan incliné, qui descend, en longeant le mur, dans un couloir large de 

0 m. 7 5 et voûté en berceau. Cette voûte ne suit pas l’inclinaison de l’escalier, mais 
reste horizontale, et ainsi la hauteur du couloir augmente à mesure qu’on descend. 
Couloir et escalier tournent ensuite à angle droit et se dirigent sud-nord, la voûte 
du couloir demeurant toujours horizontale. Le couloir, dont la hauteur finit par at- 
teindre 3 m. 20, bute alors contre un mur, prolongement vertical du pied-droit de 
la voûte qui couvre la cave. On pénètre dans celle-ci par une ouverture haute de 

1 m. 80, percée dans le pied-droit, sans entamer la voûte même dont la solidité 
reste ainsi plus grande. 

Nous avons trouvé cette voûte effondrée et la cave comblée par les briques de la 
voûte et par des déblais. Seules quelques rangées de briques tenaient encore au pied- 

droit. Mais nous connaissons la courbure pri- 
mitive de la voûte, car, pour la construire, 
on en avait marqué , par un trait incisé dans 
1 enduit du mur est, les limites supérieure et 
inférieure. C est une voûte en plein cintre, 
ayant o m. 89 de rayon. Elle est consti- 
Fig. 6. — Disposition des bmqbes. tuée par deux épaisseurs de briques, placées 

comme l’indique la figure 6 (G. Celles de la 
couche inférieure sont légèrement cintrées et leur côté convexe est un peu plus large 
que l’autre. Elles s’unissent ainsi sans laisser d’interstice et leur assemblage produit 
de lui-meme la courbure désirée. Les plus larges faces portent trois ou quatre stries 
semi-circulaires, sans doute pour permettre au mortier à base de terre crue de 
prendre plus solidement. Les rouleaux ne sont pas inclinés. 

Les murs de la cave sont faits de grosses briques, très régulières de forme et très 
régulièrement disposées. Ils présentent une paroi unie et lisse, comme on n’en voit 
pas souvent aux murs d Edfou. Les murs et la face interne de la voûte sont en outre 
badigeonnés d’un mince enduit de terre. La cave est large de 1 m. 78, longue de 
3 m. 75, sa hauteur sous la voûte est de 3 m. o 5 . La voûte est épaisse de 0 m. 3 o. 
Elle s arrête 20 centimètres plus bas que le rez-de-chaussée, dont le niveau est mar- 
qué par un retrait du mur< 2 ), large d’environ 0 m. i5. Dans le mur est de la cave 
est creusée une niche à provisions. A côté de la porte, à gauche en entrant, une autre 
petite niche était destinée à recevoir une lampe : elle est salie par la fumée et des 



(,) Cette disposition est visible sur la photographie, pl. IV, fig. a. 

(2i Ge retrait est visible sur la gauche de la photographie, pl. IV, fig. a. 




FOUILLES DE TELL EDFOU (1928). 13 

traînées d’huile. Le mur nord de la cave, maintenant presque rasé, se prolongeait 
au rez-de-chaussée pour séparer les pièces 1 et 2. 

Outre la cave et le couloir d’accès qui viennent d’être décrits, un autre sous-sol est 
encore creusé sous la pièce 2. Dans l’angle sud-est du rez-de-chaussée, un trou 
s’ouvre sur la rencontre de deux couloirs voûtés : l’un, très court, est la continuation 
du couloir est-ouest par où passe l’escalier qui mène à la cave; en d’autres termes, 
le même couloir se poursuit tout le long du mur sud, interrompu seulement par une 
cloison à l’endroit où l’escalier tourne à angle droit. L’autre couloir, de même largeur 
et voûté de la même façon, longe le mur est et vient se terminer contre le pied-droit 
de la voûte de la cave. L’ouverture qui donne sur la rencontre des deux couloirs, 
large de 0 m. 45 X o m. 5 o, a dû être percée après coup, peut-être accidentelle- 
ment. Sa forme n’est pas très régulière. Ses dimensions permettent à peine à un 
homme de s’y glisser et une fois dans ce cul-de-sac, profond de plus de deux mètres, 
on n’en peut pas sortir par ses propres moyens. 

On voit mal quelle pouvait être la destination de ces deux morceaux de couloirs 
sans issue. H n’est pas vraisemblable qu’on ait pris la peine de les construire simple- 
ment pour soutenir le sol du rez-de-chaussée. A-t-on voulu ménager une cachette? 
Ou bien avait-on d’abord l’intention de faire passer par là l’escalier de la cave , qu’on 
aura ensuite fait tourner plus près du milieu de la pièce ? 

La cave ménagée sous la pièce 1 était en tous points semblable à la précédente , 
mais couvrait toute la largeur de la pièce, 2 m. 90, car aucun espace n’était occupé 
par les moyens d’accès. Par quelle issue y pénétrait-on? Nous n’en avons pas retrouvé 
de trace. Ge n’était certainement pas par une trappe, car, pour descendre dans une 
cave de cette profondeur, un escalier aurait été nécessaire, et il n’y en avait pas. 
Sans doute une ouverture permettait-elle de passer de la cave 2 dans la cave 1. 
Pourtant, si démoli que soit le mur séparant les deux caves, il ne semble pas avoir 
jamais présenté d’interruption. Mais, pour l’évacuation des matériaux, nous avons dû 
laisser subsister, le long du mur ouest des caves, une bande de déblais en plan incli- 
né, qui recouvre peut-être encore la porte de communication entre les deux sous- 
sols. 

H serait intéressant de dater approximativement notre maison. Trois sortes d’in- 
dices sont à considérer pour cela : le niveau occupé dans le Kôm par la maison, les 
procédés de construction, les objets trouvés. Ceux-ci furent malheureusement rares 
et peu instructifs car, excepté les six amphores de la chambre 3 , aucun n’a été avec 
certitude retrouvé en place. Un peu de poterie : lampes, assiettes, support de vase en 
forme d’anneau, d’assez nombreux pieds de coupes en verre, une tête et un corps 
d’cc orantes n ; tous objets de basse époque, mais trop peu caractéristiques pour être 
datés avec précision, et qui, au surplus, n’apprennent rien sur l’âge de la maison 
elle-même. Quand la voûte d’une cave s’est effondrée, on trouve, au fond, des objets 
qui ont glissé d’un niveau supérieur et peuvent être plus jeunes de plusieurs siècles. 


14 


0. GUÉRAUD. 


Lorsqu’une maison, tombant en ruines, est abandonnée, on vient y jeter de vieux 
objets, de la vaisselle brisée, qui ne prouvent rien pour la date de la maison même. 
Inversement, les gens qui abandonnent une maison devenue inhabitable emportent 
dans leur nouveau logis leurs meubles et ustensiles encore utilisables et de la sorte 
les objets précieux ou ceux qui durent longtemps peuvent finir par échouer dans une 
maison beaucoup plus jeune qu’eux. II m’est arrivé, par exemple, de trouver, très 
près l’un de l’autre, une monnaie byzantine et un pendentif ptolémaïque ou romain, 
de style nettement égyptien. Les trouvailles les plus caractéristiques, dans notre 
maison, ont été quelques ostraka grecs, en mauvais état, reçus d’impôts dont trois 
sont au nom de et Daniel». Certains se trouvaient au fond de la cave a , d’autres dans 
la chambre 3 . Des reçus d’impôts ne sont pas des documents que l’on conserve très 
longtemps ni que l’on emporte quand on déménage. Et puisque nous en avons ren- 
contré plusieurs au même nom, ils ne sont probablement pas là par accident : ils 
doivent dater des derniers temps où la maison fut habitée. Ils sont écrits par des 
mains différentes, généralement maladroites, d’une écriture gauche et peu caracté- 
ristique. Ils sont certainement d’époque byzantine. 

L’examen des niveaux ne fournit pas non plus de renseignements précis. Dans une 
ville bien construite et entretenue, on peut établir que tel niveau correspond à tel 
siècle. Ce n’est pas le cas pour Edfou, qui a dû être de bonne heure une ville toute 
en montées et en descentes, comme l’est encore la partie du village construite sur le 
Kôm : deux maisons peuvent être contemporaines quoique la base de l’une soit au ni- 
veau du toit de l’autre. Une maison solide dure longtemps, avec des réparations et 
des remaniements : elle conserve toujours son niveau. Pendant ce temps, à côté d’elle, 
les maisons voisines tombent en ruines; sur ces ruines, on bâtit de nouveau, et le sol 
s’élève. 

Du fond de nos caves au sol du rez-de-chaussée, la hauteur est de 3 m. 55 . Les 
murs du rez-de-chaussée étaient, par endroits, conservés sur une' hauteur de 3 
mètres : soit une hauteur totale de 6 m. 5 o environ. Or cette différence de niveaux, 
qui existe ici entre le haut et le bas d’une même maison, correspond ailleurs à des 
différences chronologiques de plusieurs siècles. Par son niveau supérieur, notre mai- 
son pourrait être contemporaine de la place des Tombes, c’est-à-dire de la dernière 
période où le Kôm fut habité, époque copte ou même arabe. Par son niveau infé- 
rieur, elle pourrait être à peu près contemporaine de la salle à colonnes, du seuil 
de pierre dégagé cette année, des ostraka démotiques trouvés au même niveau : elle 
pourrait être romaine, ou même ptolémaïque. La vérité, c’est probablement quelle 
a duré très longtemps, et que les caves sont beaucoup plus anciennes que la partie 
supérieure. 

L’examen de la construction renforce cette hypothèse. Les caves sont d’une époque 
où l’on construisait bien, où l’emploi de la brique crue était porté presque à la per- 
fection. Les grosses briques, solides, aux arêtes bien droites, forment des murs aussi 


15 


FOUILLES DE TELL EDFOU (1928). 

lisses et robustes que de la pierre de taille, «un travail de maître» remarquait lun 
de mes ouvriers. Même perfection dans les voûtes, avec leur plein cintre bien régu- 
lier, leurs briques cintrées, les deux épaisseurs de briques proprement disposées. Il 
faut noter la hauteur des caves, 3 m. o 5 sous la voûte, alors qu’aucune cave déblayée 
jusqu’ici n’atteignait deux mètres; noter aussi la portée, a m. 90, de la voûte qui 
couvrait la cave 1. Enfin jusqu’à la niche à provisions et aux couloirs de descente, 
tout montre un travail propre, soigné, exécuté par des ouvriers adroits et conscien- 
cieux, un travail probablement romain, peut-être ptolémaïque. Un coup d’œil sur les 
photographies montre au contraire la médiocrité des artisans qui ont bâti le rez-de- 
chaussée. Ce n’est pas qu’on ne trouve, dans le Kôm, des spécimens d’architecture 
beaucoup plus grossière encore. On voit cependant que les briques, plus petites que 
celles des caves, sont mal moulées. Leurs faces insuffisamment plates, leurs arêtes 
sinueuses forment des parois rugueuses, irrégulières. Les niches ménagées dans les 
murs témoignent d’une parfaite insouciance de la symétrie, d’un travail sans goût et 
sans soin, fait à une époque où l’art de bâtir était en décadence. La présence des os- 
traka byzantins et d’un ostrakon copte dans la pièce 3 , porte à attribuer la construc- 
tion aux environs du vi e siècle. . 

Nous aurions donc affaire à une construction, — les caves — qui serait restée uti- 
lisée pendant plusieurs siècles. Sans doute ces caves étaient-elles surmontées, au 
début, d’un rez-de-chaussée de même date et de même architecture. Ce rez-de- 
chaussée, démoli, fut ensuite remplacé par un autre, peut-être plusieurs autres suc- 
cessivement, jusqu’au moment ou la maison fut abandonnée pour toujours. 


IV. — RÉSULTATS DE LA CAMPAGNE 1928. 

Les fouilles de 1928 nous ont fourni des renseignements sur la topographie d’Ed- 
fou et sur l’architecture de quelques constructions. La maison H, dans l’état où nous 
l’avons trouvée, nous donne un exemple de ce que devait être une bonne maison 
bourgeoise à l’époque byzantine : c’était loin d’être une demeure luxueuse, et la ville 
devait présenter déjà cet aspect de misère lamentable qu’elle n a pas complètement 
perdu. — Le seuil en pierre et les cellules voisines, avec le bassin et la conduite 
d’eau, s’ils indiquent vraiment la présence d’un sanctuaire ptolémaïque, pourront 
devenir instructif lorsque d autres fouilles auront achevé de déblayer ce niveau. 

Pour les trouvailles d’objets, elles ont été insignifiantes. De papyrus, toujours pas, 
excepté d’infimes débris, tout rongés par le sebakh. Rien ne fait espérer quon doive 
trouver à Edfou ces filons d’afsh dans lequels le papyrus se conserve. Les seuls textes 
grecs sortis de terre cette année sont quelques reçus d’impôts sur ostraka. Avec trois 
ostraka coptes et une douzaine d’ostraka démotiques, ils constituent tout ce qui a été 
trouvé cette année en fait de documents écrits. 


16 


0. GUÉRAUD. 


Comme les années précédentes, les fouilles ont produit un assez grand nombre de 
petits objets d’époque gréco-romaine mais de style égyptien, en faïence ou en pierre 
tendre. La figure 1 de la planche V reproduit les mieux conservés, à peu près à leur 
grandeur naturelle. Ce sont, de gauche à droite : un oudja en faïence bleue avec pu- 
pille noire; un Bès en faïence vert-jaune pâle; un morceau de statuette en stéatite; 
un pendentif en faïence bleue (l’anneau pour le suspendre est cassé); un Thôt-ibis en 
faïence bleue; un oudja en faïence bleu-vert pâle. 

D’époque ptolémaïque aussi est le modèle de chapiteau (pl. V, fig. 3 ), en grès 
badigeonné de plâtre, haut de tâ centimètres. 

Les objets de terre cuite ont été trouvés en abondance. Les seules représentations 
humaines ont été quelques têtes et quelques corps d’ttorantesi» (pl. V, fig. 2, ran- 
gée inférieure < ] >). Les lampes, nombreuses, sont presque toutes du modèle repré- 
senté pl. VI, fig. î, en bas et à droite. Trois seulement sont décorées : l’une porte 
de petites cannelures, une autre est ornée d’un cerf(?), la troisième est une lampe 
grenouille (pl. V, fig. 2 , rangée inférieure). 

Les ustensiles de ménage, assiettes, coupes, vases et pots, sont tous d’un travail 
grossier. Les principales formes sont reproduites, pl. Y, fig. 2, rangée supérieure, 
et pl. VI, fig. 1. Aucun de ces récipients n’est décoré, à l’exception des deux grands 
vases, hauts de 90 centimètres, représentés à la planche VI, fig. 2. Ceux-ci sont 
ornés de dessins à la peinture noire; l’ensemble du décor est souligné, grosso modo, 
par quelques touches de peinture blanchâtre, très transparente. Toute cette poterie 
est d’époque tardive, peu antérieure à la conquête arabe. Seules les coupes sans 
bordure et à lèvres rentrantes, trouvées à des niveaux plus bas, sont probablement 
romaines. 

Somme toute, les fouilles de cette année ont été moins productives que celles des 
campagnes précédentes. Les dernières couches habitées semblent être les plus fécondes 
pour le fouilleur. Ce sont elles qui donnent les objets les plus nombreux et les plus 
intacts. Dans les couches inférieures, les maisons ne furent abandonnées qu’après 
avoir été vidées de ce qu’elles renfermaient d’intéressant , et il faut un hasard pour 
que des objets importants aient été laissés dans ces couches, et n’y aient pas été 
écrasés. Ce hasard nous a peu favorisés cette année, mais rien ne prouve que le Kôm 
d’Edfou ne réserve pas pour l’avenir des trouvailles de valeur. 

0. Guéraud. 


(l) Sur ces orantes, cf. M. Henne, Rapports préliminaires, t. II, p. 2 3 - 23 . 




TABLE DES MATIÈRES. 



I. — Introduction : 


1° Aspect général du Kôm i 

2 ° Choix, délimitation et aspect du chantier principal 2 

II. — Les fouilles : 

1 ° A Test du mur (3 * 3 

2° Au sud du mur a 5 

III. — Chantier secondaire : déblaiement d’une maison 8 


IV. — Résultats de la campagne 1928 


Fouilles de l* Institut, t. Vl, h. 


I 




TABLE DES PLANCHES. 



Cf. pages 

I. — Fig. 1 : Le Kôm, partie sud (vue prise du temple) i 

Fig. 9. : Le Kôm, partie nord (vue prise du temple) i 

Fig. 3 : Un aspect du Kôm : constructions superposées, dans un effondrement provo- 
qué par les sabbakhin . 2 

Fig. 4 : Cadavre sur un mur de la cave /' 5 

II. — Fouilles au sud du mur a (vues prises de Lest) 5-8 

III. — Fouilles au sud du mur a (vues prises de l’ouest) 5-8 

IV. — Fig. î : Maison H : la pièce 3, le bassin, l’escalier et les portes des deux réduits 

voûtés 8”9 

Fig. 9 : Maison H : le mur sud de la pièce 9 • • • * 8-9 

Fig. 3 : Maison H : cadavre d’enfant au-dessus d’une porte condamnée 8 

Fig. 4 : Construction en briques cuites et ciment, à l’ouest de la maison H.. .... . 9 

V. — Fig. i : Petits objets en faïence provenant desjbüilles. . . . 1 5 

Fig. 9 : Objets en terre cuite -iy 1 ^ 

Fig. 3 : Modèle de chapiteau h ***.<.* 1 ® 

*«% n 

VI. — Principaux types de poteries trouves cette annee.. ...... 10 

VII. — Plan du III e secteur au début de la campagne. .V . v . 9-3 

VIII. — Plan de la partie sud du III e secteur à la fin de la campagne 7 - ^ 

IX. — Plan de la maison H 


8-1 3 



Fouilles de l’Institut français du Caire, t. VI. — Edfou (1928). 






3. — Le niveau atteint à la fin de la campagne. 


Fouilles au sud du mur a. (Vues prises de Test). 


Fouilles de l’Institut français du Caire, t. VI. — Edfou (1928). Pl. II 



I 

f 

i 

I 


i. — Le mur a (à gauche) et la rue des Tombes avant les travaux. 


3. — Le niveau atteint à la fin de la campagne. 


4. — La cuve en terre cuite et les restes de la conduite d’eau. 


Fouilles au sud du mur a. (Vues prises de l’ouest). 







Fouilles de l'Institut français du Caire, t. VI. — Edfou (1928). Pl. III 


ttK oatala rnÉRES. PAW6 


L 



i. — Maison H : la pièce 3, le bassin, l’escalier et les portes 
des deux réduits voûtés. 


2. — Maison H : le mur sud de la pièce 2. Au premier plan, restes de 
la voûte de la cave; un peu en arrière, le pied droit de cette voûte 
(visible surtout à gauche). 




Fouilles de l'Institut français du Caire, t. VI. — Edfou (1928). 



Fouilles de l’Institut français du Caire, t. VI. — Edfou (1928) 


Pl. V 




MF CATALA FRtftES, PARU 











Fouilles de l’Institut français du Caire, t. VI. — Tell Edfou (1928). 


Pl. VIL 


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Sa lie à colonnes 


Plan du III e secteur au début de la campagne. 



Fouilles de l’Institut français du Caire, t. VI. — Tell Edfou (1928). 


Pl. VIII. 


L 


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i 


Position du mur <* 



Echelle 
nr»ar de brigue 
constnuetion en pierre 


PLAN DELAPARTIE SUD 
DU IIP SECTEUR 

(Nivea.ii.de la salle à colonnes) 


Espace effondré 


!!| 

1 T • 
• s 1 






Fouilles de l’Institut français du Caire, t. VI. — Tell Edfou (1928), 


Pl 




MAISON H (Caves' ù r ?" 

Ediall» 0 


L*)»iuri [igitrit triitt penitvii i»n( nui du. it • **•* 


EN VENTE : 


AU CAIRE -i chez les principaux libraires et à ITnstitut français d’Archkologie orientale, 
37, Shareh El-Mounirah. 

A ALEXANDRIE : à la Librairie J. Hazan, ancienne librairie L. Scéuler, rue Ghérif- 
Pacha, n° 6 _. 

À PARIS : à la Librairie orientaliste Paul Geuthner, i 3 , rue Jacob; 

chez Fontemoing et C ie , E. de Boccard, successeur, '-1, rue de Médicis. 

A LEIPZIG . chez Otto Harrassowitz.